Sur les traces des Jacquets 

L'important ce n'est pas le but, l'important c'est le chemin. 

L'Europe par les Chemins de St-Jacques de Compostelle 

Caminoropa 

 

 

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du lac des Quatre-Cantons au pays de Berne - juin 2013 

  

Lucerne - Werthenstein 

21 km 

  

Trois variantes sont proposées pour la première partie du Chemin. Je visite en premier lieu le Pont de la chapelle (Kapellbrücke) et ses peintures louant une vie pieuse conforme au catholicisme, remontant à une période marquée par l’avancée de la Réforme. Un incendie avait gravement endommagé la partie centrale du pont et de nombreuses oeuvres ont malheureusement disparu dans ce drame. On remarque notamment parmi celles qui furent sauvées une représentation du martyre de St-Maurice et ses compagnons.  

De l’autre côté de la rive, c’est tout d’abord l’église des Jésuites, avec des fresques magnifiques dans la nef. On remarque en particulier une représentation de St-Jacques enfant, avec son père Zébédée et sa mère Salomon, ainsi que son frère Jean.  

 

 

Selon mon guide, les pèlerins débarquaient du bateau depuis Brunnen près du couvent des Franciscains, construit vers 1269. L’église vaut largement la visite et après l’office j’obtiens mon premier tampon du Chemin. Je suis par contre déçu par l’église St-Jacques, située à la sortie de la ville. Elle est très sombre, à la limite du sinistre. Je ne m’attarde donc pas et monte la colline par un beau chemin avec de nombreuses marches. Arrivé au sommet, vers un superbe hôtel style conte de fée mais en travaux, je profite d’un magnifique point de vue sur la vieille ville et le port. Je continue par un chemin forestier et descends en direction du village de Littau. Je rejoins ensuite la vallée de la Petite Emme et  un peu plus loin le village de Blatten. Il y a une très jolie église de pèlerinage qui est fréquemment utilisée pour des mariages. Elle est consacrée à St-Jost, un autre patron des pèlerins. Après une pause, je continue par le chemin longeant l’Emme, dont une grande crue en 2006 avait emporté des pans de rive. Le temps est très agréable et c’est sans aucune difficulté que je rejoins, après Malters et Schachen, Werthenstein et son couvent «Unserer Lieben Frau». Il s’agit d’un ancien couvent franciscain perché sur un rocher dominant la vallée, laquelle se rétrécit considérablement à cet endroit. Il a été fondé vers 1500, à la suite de l’apparition d’une lumière miraculeuse et d’un chant céleste. Un vieil homme ou chercheur d’or en avait été le témoin. Il peignit sur un papier le couronnement de Marie et l’accrocha à un arbre. L’annonce du miracle se répandit et des milliers de pèlerins se rendirent dès lors sur les lieux, surtout aux 17e et 18e s. La chapelle originelle de 1518 a été détruite et reconstruite en 1608. 

 

 

Werthenstein - Willisau      

18 km 

  

Au matin, je fais la connaissance de Brigitte, une sexagénaire allemande de l’Allgäu, qui a l’intention de finir son chemin à Genève. Nous échangeons nos impressions autour de nos bols de café puis nous nous séparons en nous souhaitant un «Buen Camino». En descendant la route sous le couvent, je passe devant une grotte avec une fontaine connue pour son pouvoir curatif, la «Gnadenbrünneli» (petite fontaine de la grâce). Je franchis l’Emme sur un pont couvert datant de 1710 et remonte de l’autre côté de la vallée, d’où on jouit d’un beau coup d’oeil sur le couvent.  La suite est une charmante promenade à travers champs en direction du hameau de Büehl. Je traverse une forêt qui serait un lieu de légendes, fais une pause en face du lac de Soppen et arrive dans un autre hameau, Geiss, où se dresse une église St-Jacques, avec trois jolies statues du saint. Plus loin je remarque en bordure de chemin une station de pèlerinage sur le thème du «Lebensweg» (chemin de vie) avec un dessin très parlant.  

 

 

En milieu d’après-midi, j’atteins Willisau, dont la grand-rue est délimitée par deux belles portes aux extrémités est et ouest. La vieille ville a une forme rectangulaire particulière. Elle se présente aujourd’hui comme elle a été reconstruite après l’incendie de 1704. La première fois que le nom de Willisau apparaît remonte à 1101. Elle est célèbre pour ses «anneaux», qui sont des biscuits secs au miel. Une exposition à l’entrée de la ville rappelle qu’il y a eu dans cette région de l’Emmental une ruée vers l’or. La grande rue est malheureusement complètement en travaux. Je me dirige ainsi rapidement vers l’église St-Pierre et Paul, dont le clocher est le seul vestige du 13e s. Par la suite, je dois trouver le lieu de mon hébergement, ce qui s’apparentera à une sorte de chasse au trésor, car la maison d’Adri et son époux se trouve sur les hauteurs de la ville. Elle est perdue au milieu de forêts et de prés, d’où on jouit d’un panorama à couper le souffle, notamment sur les Alpes bernoises, avec la Jungfrau en ligne de mire. Mes hôtes me racontent comment ils ont rejoint il y a 12 ans Compostelle en cheval, trois mois durant. Ces cavaliers émérites sont aussi éleveurs de moutons et de poules et coulent des jours heureux, plusieurs années après avoir remis leur commerce. Je passe en leur compagnie une sympathique soirée et m’endors sans avoir à compter les moutons. 

 


 

Willisau - Häusernmoos      

25 km 

  

Le vrai joyau de la ville est une chapelle située juste à la sortie de la ville, la chapelle du «Heiliger Blut» (Sang sacré). Elle est décorée de fresques superbes, notamment des peintures qui relatent l’histoire d’un joueur de carte blasphématoire. Celui-ci avait jeté un poignard vers le ciel, ce qui lui valut de se faire entraîner par des démons en poussant d’horribles hurlements, tandis que cinq gouttes de sang tombaient sur la table. Les peintures ont toutes été rénovées récemment et c’est un vrai ravissement que de visiter cette chapelle. Je monte ensuite une colline d’où on jouit d’un superbe point de vue, à côté d’une grande croix en pierre. Le chemin continue de monter gentiment à travers champs, en direction du village d’Ufhusen. Je traverse ensuite la frontière cantonale sans trop m’en apercevoir. Un panneau à côté de la route explique cependant que des taxes étaient prélevées aux marchands sur cette route très fréquentée entre Berne et Lucerne. A présent le chemin passe au plus court, à travers une forêt, et j’arrive à Huttwil. La petite cité ne me donne pas une impression enthousiasmante, ce qui me renforce dans mon intention préalable de ne pas m’y arrêter. Je retrouve devant la gare Brigitt la pèlerine, qui pour sa part ne va pas plus loin, même si elle se plaint de l’offre limitée d’hébergements et des prix élevés. Le chemin de Lucerne est une voie secondaire pour traverser la Suisse et les hébergements chez l’habitant ne sont pas légion. La suite du chemin se fait toujours à travers des jolis bois et deux heures plus tard je m’arrête enfin à Häusernmoos, dans l’unique auberge du village.  La patronne est d’un abord assez taciturne mais l’accueil est somme toute parfaitement convenable. 

 


 

Häusernmoos - Krauchtal     

27 km 

  

Cette assez longue étape débute comme d’habitude par une bonne montée à travers champs et forêts. Je longe le terrain de compétition du club local de hornuss. Il s’agit d’un sport traditionnel avant tout suisse-alémanique, qui est un peu un mélange entre le baseball et la pelote basque. Les joueurs se trouvent dispersés sur un champ de 200 m de long sur 12 de large et tentent d’intercepter un projectile dit «hornuss» (frelon), frappé à quelque 150 km/h avec des palets de bois qu’ils lancent en l’air. Il faut avoir une bonne condition physique et de bons yeux pour y parvenir. L’endroit est aujourd’hui malheureusement désert et je poursuis mon chemin vers Berthoud. Ce tronçon est très célèbre grâce à son ensemble de «Leuenhohle» (chemins creux) taillés dans des hautes parois de mollasse. Heureusement que je suis dans le sens de la descente car le chemin est très raide et certains endroits sont encore très boueux. Burgdorf (Berthoud) est une jolie ville médiévale, fondée par les Zähringen au 12e s, au même titre que Berne et Fribourg. Contrairement à ses deux consoeurs, elle s’est cependant retrouvée depuis le 18e s. un peu à l’écart des nouvelles voies de circulation entre Berne et le reste de la Suisse alémanique. 

  

On entre dans la ville par un beau pont en bois «Wynigenbrücke». L’Emme entoure le magnifique château fort, qui domine totalement la petite cité. Il s’agit d’un des château les mieux conservés du pays et il abrite trois musées historiques, notamment un qui raconte l’exploitation des mines aurifères et de l’orpaillage en Suisse. On a évidemment une vue superbe sur la ville et la vaste vallée à ses pieds. La température se fait caniculaire et c’est un vrai plaisir de parcourir ses vieilles ruelles pavées et ombragées. La dernière partie de ce chemin est très sympathique, d’autant que je suis accompagné d’une dynamique mère de famille qui a décidé de s’accorder une petite pause et de se mettre «en chemin» pendant trois jours. Elle vient d’une petite ville du canton voisin de Lucerne et il ne fait en l’entendant guère de doute qu’elle se remettra en chemin une nouvelle fois, tant cette expérience la ressource. Nous arrivons finalement dans la vallée de Krauchtal. C’est dans ce village que j’ai décidé de m’arrêter mais tout comme à Willisau, il s’agit encore de dompter la longue montée qui passe à côté du château de Thorberg. Il est de nos jours un pénitentier, mais avant la Réformation cet édifice était un couvent. Je suis accueilli par une famille d’agriculteurs. Ils n’ont pas parcouru le chemin de St-Jacques mais partagent avec gentillesse leur foyer avec les pèlerins passant à côté de leur ferme. 

 



 

Krauchtal / Riggisberg      

25 km 

 

 

Le Chemin est tout d’abord aisé puisqu’il descend tranquillement vers le village d’Utzigen et son château baroque, transformé en maison de retraite. Plus bas c‘est le village de Boll, dans la vallée du Worbental, que je traverse rapidement et entame la remontée, qui ne sera pas la dernière du jour. De l’autre côté de la colline s’étend la banlieue de Berne. Il y a d’abord Belp et son modeste aérodrome desservant la capitale, puis Gümligen. Le temple est moderne et n’a pas d’attrait particulier mais il y a contre le mur de l’entrée une figure de pèlerin assez originale. Entre les deux villages, je longe puis traverse l’Aare, sur le pont de l’Auguet. Ce pont couvert en bois a la particularité d’avoir été déplacé pour l’usage exclusif de la mobilité douce. C’est du reste l’un des derniers en Suisse à avoir été financé par des péages. Un peu plus loin de l’autre côté de la vallée de l’Aare j’atteins Kehrsatz, où je constate une fois de plus l’absence d’offre d’hébergement pour pèlerins. Dès lors je prends la décision de poursuivre tout simplement le Chemin jusqu’à sa destination finale, non loin de Riggisberg, dans la région du Gantrisch. Pour ce faire, j’entame une solide montée dans la forêt surplombant Kehrsatz jusqu’à Kühlewil, où se trouve une station de pèlerinage sur le thème du temps, dans le jardin d’un ancien château servant lui aussi de résidence pour personnes âgées. Il s’agit d’une initiative plutôt sympathique. Comme la journée avance je n’ai plus beaucoup de temps devant moi et je dois continuer sans trop m’attarder sur un chemin fort heureusement beaucoup plus plat. Je traverse une nouvelle forêt, toujours en direction du sud, en ayant une vue superbe sur la région du Gantrisch et les Alpes bernoises. Ma route prend fin près d’Obermuhlern et Niedermuhlern, dans une auberge accueillante où je peux étancher ma soif.  

Peu de temps après avoir découvert le canton de St-Gall et sa belle région du Toggenburg, je suis à nouveau sur le Chemin mais cette fois en Suisse centrale depuis la magnifique ville de Lucerne. Celle-ci est à mon sens la plus belle du pays, et pas seulement à cause de son célèbre pont couvert. La beauté de ses ruelles pavées, ses quais, ses maisons et ses édifices est marquante. Avant de me mettre en chemin, je prends le temps de la parcourir plusieurs fois. Le temps est très doux après une longue période maussade et les habitants autant que les touristes se pressent sur les terrasses. 

Chemin de Lucerne