Sur les traces des Jacquets 

L'important ce n'est pas le but, l'important c'est le chemin. 

L'Europe par les Chemins de St-Jacques de Compostelle 

Caminoropa 

 

 

 A propos - Contact - Accueil                                                                               Copyright 2019                                                                                         

du Vorarlberg autrichien au pays d’Appenzell avril 2013 

  

Rankweil - Freienbach      

14 km 

  

Depuis le train, on aperçoit l’église de pèlerinage Liebfrauenkirche qui domine sur son piton rocheux «Liebfrauenberg» la paisible petite ville de Rankweil. L’édifice du 14e s. a été reconnu officiellement comme basilique en 1986. J’apprends que des pèlerins se rassemblent à cet endroit depuis l’année Sainte de 1300. Depuis cette hauteur, on jouit vraiment d’un superbe point de vue sur la plaine du Rhin et les montagnes du Vorarlberg. Le temps est voilé mais il fait encore beau. Je veux absolument faire tamponner ma credential avant de partir mais il me faudra aller pour cela à l’Hôtel de ville. Ensuite, c’est le départ pour le Rhin et la frontière suisse, à 2 heures de marche de là.  

  

Rien de particulier à signaler dans cette plaine, si ce n’est la St-Annakapelle qui paraît toute isolée sur le chemin. Je continue vers Meiningen en contournant des étangs artificiels et en prenant garde aux camions chargés de gravier qui me frôlent. Les montagnes suisses se rapprochent à mesure que l’après-midi touche à sa fin. Je franchis le pont sur le Rhin faisant la frontière entre l’Autriche et la Suisse puis bifurque à gauche en direction des gorges de Hirschensprung, en évitant le village d’Oberriet. Ici commence l’ascension en direction de mon gîte pour cette nuit, plus précisément à Freienbach, un petit village abritant une magnifique église moderne. Quelques raidillons plus tard et à la tombée du soir, j’arrive chez Bernadette et Werner. Ils ont transformé un ancien restaurant en B&B avec goût et passion. En raison de la météo chagrine, je serai le seul hôte pour cette nuit mais cela me permet ainsi de converser chaleureusement avec mes hôtes d’un soir.  

 


 

Freienbach - Appenzell 

12 km 

  

Malgré un temps bouché, il ne pleut pas et le chemin est bien balisé, je ne m’égare donc pas en gravissant les contreforts des Préalpes, sur des sentiers d’alpage et de forêts. Au bout d’une heure je franchis à l’alpage de la «Neuenalp» la frontière entre le canton de St-Gall et le demi-canton d’Appenzell Rhodes Intérieures. Je passe sur des chemins enneigés et au sortir de la forêt descends sur le premier village appenzellois, Eggerstanden. Comme la veille, je suis étonné de découvrir une église ultra-moderne dans un village si petit et traditionnel. Elle remplace une chapelle du 18e s. Cela rend en tout cas un témoignage dynamique sur la foi de ses habitants. Je marche ensuite sur le «Kappenllenweg» ou chemin des chapelles. Il y en aura un certain nombre jusqu’à Appenzell, la première étant d’ailleurs consacrée à St-Jacques.  

  

A Steinegg je visite aussi la belle petite église Sta-Magdelena, datant de 1590, et me rapproche tout gentiment du chef-lieu en suivant la rivière «Sitter». Le chemin est très agréable et plat, ce qui tranche avec les chemins que l’on doit emprunter pour entrer dans ce coin de terre. Appenzell  abrite l’église St-Maurice du 15e s, très imposante au milieu de cette toute petite cité. Je prends aussi le temps de parcourir les rues et admirer les maisons en bois, peintes avec des couleurs vives, et les pignons en forme d’arc typiques pour la région. Je passe la nuit au couvent Maria der Engel, déserté par les religieuses mais impeccablement tenu par un couple de retraités, M. et Mme Dürig. 

 


 

Appenzell - Urnäsch    

13 km 

  

Le temps est toujours aussi gris et triste mais finalement il est très agréable de marcher dans ces conditions, la soif ne guette pas et le froid n’est pas trop piquant. Je sors tranquillement du chef-lieu et me dirige en direction du village de Gonten, par un chemin fort agréable puisque l’on est invité à le parcourir... pieds nus («Barfussweg»). Il faudra toutefois attendre des températures un peu plus douces mais il est vrai que le parcours est plat et très doux. Le sentier traverse un golf et une tourbière, en exploitation jusqu’à la fin des années 1950. Un petit musée a même été installé dans une cabane pour expliquer l’histoire de l’exploitation de la «Moos», qui remplaçait durant la Seconde Guerre mondiale le charbon. 

  

A Gonten, je visite l’église Ste-Verena et son vitrail du 17e s «Maria-Trost» représentant Saint Jacques comme patron des vachers d’alpage. Je m’égare un court instant et fais une boucle à l’extérieur du village puis rejoins tranquillement le départ d’un téléphérique menant au sommet du «Kronberg», perdu dans le brouillard, où un ermite vivait au Moyen Age. Après le hameau de Jakobsbad, lieu de villégiature avec sa source St-Jacques aux vertus curatives, je passe derrière le couvent des Capucins «Leiden Christi» avec son église remarquable et son petit magasin où l’on trouve des remèdes à base de plantes médicinales. Ici commence une assez rude montée pour atteindre le demi-canton voisin, Appenzell Rhodes Exterieures (AR). Comme je me trouve sur le «chemin de méditation» cela me joue un tour et ma distraction m’amène sur des traces de randonneurs à raquettes. La pente doit faire plus de 20 % et ce n’est qu’une fois arrivé au sommet que je m’aperçois de mon erreur ! Je renonce très vite à faire tout le chemin inverse, car je vois sur ma carte des sentiers qui rejoignent le bon chemin. La seule difficulté consiste à les repérer puisqu’ils sont recouverts par 70 cm de neige ! Par bonheur le brouillard n’est pas trop épais et je rejoins la bonne route après avoir dû traverser une forêt. Une heure plus tard j’arrive sur les hauteurs du village d’Urnäsch, où je vais passer la nuit. Le village, tout comme Appenzell, est célèbre pour ses maison à façades décorées ainsi que son musée de costumes traditionnels. Une petite surprise m’y attend car en me renseignant je m’aperçois que le restaurant où je devais passer la nuit est distant de 4 km, en montant une route peu fréquentée. Il est trop tard  et je suis bien trop fatigué. Je prends donc l’option de téléphoner afin de m’excuser platement et je trouve une chambre dans un restaurant à deux pas. Une boucherie se trouve au rez-de-chaussée et une bonne odeur de viande fumée embaume les lieux. La patronne me laisse la clé du bâtiment en m’expliquant que le temps maussade fait fuir les touristes. Comme elle habite à l’extérieur, elle me confie ainsi la garde des lieux, ce qui me convient parfaitement bien. 

 


 

Urnäsch - St. Peterzell    

14 km 

  

Je me lève plus tôt ce matin-là car il s’agit déjà de la journée finale et j’ai prévu d’atteindre le village de St. Peterzell, dans le canton de St-Gall, à midi. Le chemin débute à côté de mon auberge et on grimpe immédiatement en direction du «Teufenberg». Au bout de 45 minutes, je me retrouve à nouveau sur une route complètement recouverte de neige. Cette fois-ci, je suis attentif mais arrivé à une bifurcation je n’y trouve aucune indication. Je prends l’option du chemin de gauche mais quelques instants plus tard, arrivé dans une clairière, je dois constater que cela ne mène nulle part et rebrousser chemin, dans une neige bien lourde. 

  

Je reprends la route initiale sur un manteau neigeux de plus en plus épais. Si j’avais su qu’il y avait tant de neige je me serais muni de bâton de ski ! Heureusement la route est bien moins raide que le chemin de la veille. J’avance ainsi de façon satisfaisante et après une bonne heure d’ascension, arrive au sommet. Je peux m’enfoncer le coeur léger dans une forêt dont les branches sont totalement recouvertes de neige. Cela donne vraiment un caractère féérique à l’endroit. Il y règne une paix totale car je suis bien évidemment le seul à m’aventurer dans le coin ce dimanche. Il y avait heureusement plus bas des traces faites par un randonneur, ce qui a facilité mon cheminement. Je rejoins un restaurant d’alpage d’où filtre de la musique folklorique mais aucun client ne doit y être attablé. Les environs sont déserts, ce qui au moins facilite grandement la méditation. La descente sur Schönengrund, dans le canton de St-Gall, continue sans aucune difficulté. De là, je marche dans la vallée sur un chemin longeant un cours d’eau et rejoins comme prévu St. Peterzell et son prieuré. C’est momentanément la fin de mon voyage mais j’espère bien revenir à ce même endroit dans à peine plus d’un mois, lorsque je parcourrai le chemin de St-Gall, en direction d’Einsiedeln. 

Ce chemin est récent puisqu’il a été inauguré officiellement en 2008. Il a la particularité de débuter dans un pays limitrophe et de traverser de part en part le plus petit des cantons suisses, un pays de montagne et de traditions, sans oublier son fromage renommé. Les montagnes qui l’entourent ne sont pas trop hautes mais à cette époque elles sont encore recouvertes de leur beau manteau blanc. 

Chemin d'Appenzell