Sur les traces des Jacquets 

L'important ce n'est pas le but, l'important c'est le chemin. 

L'Europe par les Chemins de St-Jacques de Compostelle 

Caminoropa 

 

 

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des rives du lac de Constance à celles du lac de Zurich - mai 2013 

  

Rorschach - St-Gall       

15 km 

 

 

Cette région recèle beaucoup de vestiges qui la relie au Chemin de St-Jacques, comme des chapelles et des anciennes auberges de pèlerins. Je profite de la douceur qui règne pour le dernier jour sur la région en flânant dans la ville portuaire de Rorschach, laquelle accueillait les pèlerins venant en bateau de Lindau et la Bavière. Je regarde un moment le bac qui entre dans le port avec son chargement de voitures et me dirige ensuite vers la fontaine de St-Jacques, point de départ du chemin, de l’autre côté de la rue du même nom. A son pied se trouve une cloche provenant de l’ancienne chapelle St-Jacques, qui se dressait ici jusqu’en 1834. En sortant de la ville, le chemin monte doucement en direction de St-Gall, en passant devant le château Sulzberg.  

  

C’est une très agréable après-midi pour randonner, mais les environs sont assez calmes pour un lundi de Pentecôte. Je profite au maximum de la magnifique vue qui s’étend sur le lac et m’égare une petite heure entre pâturages et forêts. Rien de grave cependant, même lorsque peu après avoir franchi le pont de la redoutée gorge de Martin je fais un petit vol plané sur un chemin boueux et glissant à souhait. J’arrive ainsi quelque peu crotté dans les faubourgs de St-Gall. La circulation est réduite, ce qui dans mon état est réjouissant et j’arrive à l’auberge de pèlerins, où Brigitte me souhaite la bienvenue. Je serai le seul occupant de l’auberge cette nuit, ce que je trouve un peu dommage car l’endroit est très convivial et doit vraiment favoriser les échanges entre pèlerins. 

 


 

St-Gall - Schwellbrunn       

18 km 

  

La visite de la cathédrale figure bien entendu en première place de cette journée. Il s’agit d’un superbe édifice baroque du milieu du 18e s. avec de magnifiques fresques. L’origine de la ville remonte à 612, lorsque le moine irlandais Gallus trébucha sur un buisson et décida d’y établir son ermitage. Le cloitre a été construit un siècle plus tard et l’endroit a jouit d’un épanouissement culturel et religieux considérable, après l’an 800. Je ne visite cependant pas le domaine de la collégiale, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, et préfère sortir de l’agglomération pour prendre de la hauteur, en me dirigeant vers Herisau par un ancien chemin muletier. Je traverse la Sitter puis longe le joli petit lac de Gübsen. La pluie qui tombe sans discontinuer n’arrive pas à gâcher cette superbe promenade dans la forêt. A Herisau, je m’arrête devant l’ancienne fontaine des pèlerins, devant l’église St-Laurent (16e s.). L’intérieur est presque aussi superbe que la cathédrale de St-Gall. Je profite du couvert de l’édifice pour pique-niquer puis traverser le chef-lieu de l’autre demi-canton d’Appenzell, aussi réformé que l’autre est catholique. Dès la sortie de la petite agglomération, je chemine dans un paysage de pâturages et de forêts, parsemé de petits hameaux. Il est vraiment dommage que les nuages cachent totalement les montagnes avoisinantes. Ce doit être une vue féérique par beau temps.  

  

Il y a d’ailleurs un endroit nommé «Säntisblick», mais comme le mois passé, la plus célèbre montagne de la région, qui trône à 2500 m de haut, se cache à ma vue. Après avoir passé un petit col, je descends sur le village de Schwellbrunn. Il y a dans l’église un sympathique coin pour les pèlerins, avec des coquillages posés dans une vasque emplie de sable. Je reprends ensuite le chemin, avec un bon dénivelé, pour m’arrêter à l’auberge Hirschen au lieu dit «Risi». Le pèlerin fatigué et trempé que je suis trouve refuge dans les combles de cette grande auberge, qui ont été spécialement aménagés pour les pèlerins, et la patronne me mitonne un succulent souper qui me redonne des nouvelles forces. Le groupe d’enfants turbulents qui se trouve là en colonie n’arrivera pas à troubler mon sommeil. 

 



 

Schwellbrunn - Wattwil      

16 km 

  

Il n’y aura pas de surprise aujourd’hui, car contrairement à la veille je n’aurai même pas besoin de m’embêter à ôter par instant mon manteau de pluie. Il faut être fataliste et se dire qu’on est heureux de ne pas devoir affronter la neige. Le chemin monte jusqu’au point culminant, à 1084 mètres d’altitude, où se dresse le restaurant appelé «Sitz». Pas le temps toutefois de s’asseoir pour regarder le paysage sur un des bancs disposés tout au long du chemin, car les conditions empirent. Je continue ainsi entre forêts, fermes et prairies en direction de la vallée du Necker. La première descente m’amène à St Peterzell, où j’avais terminé le mois précédent ma ballade depuis Rankweil. 

  

Le petit village et son église baroque n’ont évidemment pas changé, et c’est avec plaisir que je prends le temps de pique-niquer à côté de l’église. Après avoir admiré une dernière fois les belles façades décorées des maisons du village, je passe le pont sur la Necker, et monte un chemin creux en direction des montagnes du Toggenburg, où se trouvent des fermes superbes, dont les plus anciennes datent de 1600 environ. Elles servaient en ce temps-là aussi de gîtes pour les pèlerins. La dernière partie du Chemin consiste en une descente assez raide sur le chef-lieu du Toggenburg, Wattwil, qui était un gros bourg industriel, plus précisément du textile. Le village avait la caractéristique de voir son église «Kubli» se partager entre les messes et les cultes, jusqu’à la construction en 1969 d’une église catholique ultra-moderne. On aime ou pas, mais celle-ci ne laisse pas indifférent. Au vu du dépouillement intérieur, on se demande s’il ne s’agit pas plutôt d’un temple que d’une église. En tout cas, elle est fort imposante. J’arrive finalement au gîte, tenu par Daniel et Annette, deux personnes extraordinaires, qui se mettent en quatre pour accueillir les pèlerins. C’est même la toute première fois que j’apprends que des personnes choisissent leur lieu d’habitation en fonction du Chemin de St-Jacques ! Daniel est ingénieur indépendant, Annette infirmière, mais leur passion commune c’est vraiment le Camino, qu’ils ont parcouru bien des fois entre l’Espagne et l’Allemagne. Je passe ainsi une soirée des plus chaleureuses en leur compagnie. Pour la troisième fois consécutive, je suis l’unique pèlerin dans le gîte, mais mes hôtes me gâtent d’autant plus. 

 


 

Wattwil - Schmerikon    

20 km 

  

J’ai la surprise d’entendre à mon réveil un gros tintamarre devant la maison, des cris de jeunes munis de mégaphones. Daniel m’explique que ces joyeux drilles célèbrent la fin de leur scolarité obligatoire, avant leurs examens finaux. C’est assez spectaculaire, d’autant qu’ils sont munis de gros sacs de confettis et de farine. Il valait mieux ne pas avoir sa voiture garée à proximité. Cette bonne humeur ambiante me réjouit d’autant plus qu’il fait un temps bien morne. Je m’engage de nouveau dans une montée, qui dure une bonne heure et demie. Daniel m’avait rassuré en m’expliquant que cela allait être la seule. Dès lors, le chemin s’éloigne du Toggenbourg et se rapproche au fur et à mesure du lac de Zurich. Je prends le temps de monter au sommet de la tour Iberg, d’où le panorama sur la vallée est imprenable. C’était du reste la raison de sa construction, vers 1200, du temps où l’abbé de St-Gall et le baron de l’endroit se faisaient la guerre pour prélever les taxes sur les biens et les voyageurs. 

 

 

Après le col de Laad et le hameau de Heid, je descends vers les hameaux de Walde puis Rüterswil, où se trouve la chapelle Ste-Ursule, laquelle a remplacé en 1810 une autre église, avec une statue en bois de St-Jacques. De là, je n’ai plus beaucoup de chemin à faire pour arriver en plaine et dans le village de St-Gallenkappel, qui possède un petit joyau d’architecture baroque de 1754 avec l’église Grubenmann, consacrée à St-Gall et St-Laurent, tous deux protecteurs des pèlerins. Le soleil a refait son apparition depuis le début de l’après-midi et ma descente sur Rüterswil. Je prends ainsi le temps de piquer une petite sieste sur un banc, privilège que la météo maussade ne m’avait pas accordée jusqu’ici. Il ne me reste plus qu’à continuer sur le village de Neuhaus, passage important pour les pèlerins. Une chapelle s’y trouve depuis le Moyen Age et a été placée sous la protection du saint à sa rénovation en 1635. Une grande statue trône au-dessus de la porte d’entrée. Contrairement à mes espérances, aucun gîte ne peut m’accueillir. Le chemin bifurque soit en direction de Eschenbach et Rapperswil, soit vers Schmerikon et Lachen. Je me décide pour cette dernière direction, et au milieu d’un gros orage, admire le point de vue sur le lac supérieur de Zurich, depuis les collines du Goldberg. Avant de pouvoir me reposer après cette magnifique journée bien remplie, l’église St-Jost vaut bien une visite. Chez mes hôtes du jour, la famille Freidl, je rencontre un pèlerin bavarois de la région de Chiemsee, en route depuis 3 semaines pour Compostelle. Il a décidé de prendre un tournant dans sa vie professionnelle et veut «prendre le temps» de la réflexion. Nous passons ainsi une excellente soirée à échanger nos expériences autour d’un bon plat de «röstis».  

 

 

   

Schmerikon - Lachen    

18 km 

  

Me voici déjà à la dernière étape, qui sera beaucoup plus courte et le plus souvent à plat. Je vais quitter le canton de St-Gall, en franchissant le canal Linth, long de 24 km, qui a permis de réguler les eaux venant du lac de Walensee, dans le canton de Glaris. Je me presse en direction du village de Tuggen, car la pluie a redoublé d’intensité et la neige me guette tout juste une centaine de mètres plus haut. Je passe sur un chemin en lisière de la forêt du Buechberg avec un très joli chemin de croix et jette un oeil sur la ravissante chapelle de pèlerinage d’Anneli. Selon la tradition, une jeune fille fut guérie de sa paralysie sur le chemin de pèlerinage d’Einsiedeln par un homme vêtu de blanc. Je traverse finalement la vallée de la Linth et du Wägital. Ce dernier tronçon ne représente toutefois pas un intérêt particulier. Au vu des conditions météo assez peu agréables, j’abrège quelque peu ma route et je suis tout heureux d’apercevoir la chapelle à Lachen qui marque la fin de cette étape. 

Chemin de St-Gall 

Il s’agit de l’un des deux chemins principaux qui relie l’extrémité orientale de la Suisse à la France. J’ai longtemps hésité sur lequel je voulais me lancer en premier. Je me suis décidé à continuer en quelque sorte mon chemin dans ces magnifiques contrées appenzelloises. J’irai cette fois-ci un petit peu plus loin puisque je vais faire une étape supplémentaire pour rejoindre la région de Rapperswil au bord du lac de Zurich.