Sur les traces des Jacquets 

L'important ce n'est pas le but, l'important c'est le chemin. 

L'Europe par les Chemins de St-Jacques de Compostelle 

Caminoropa 

 

 

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Ville de Fribourg 

 

Le point de départ de la traversée de la ville des Zähringen se situe à la chapelle St-Barthélémy. Au terme de la rue du même nom, on atteint la Roter Turm (Tour Rouge), qui fait partie des remparts de la ville dont la construction remonte depuis 1250. Un peu plus bas se dresse la Katzenturn (Tour des chats). On descend les escaliers en direction de la Sarine, que l’on franchit en passant sous la Berner Torturm (Tour de Berne) et par le Pont de Berne, magnifique pont couvert qui constituait l’unique passage des voyageurs de et vers l’est du pays.

 

Sur une fontaine dédiée à Ste-Anne, on remarque un pèlerin de St-Jacques. A proximité se trouvent plusieurs bâtiments qui offraient le gîte et le couvert, comme l’Auberge de l’Ange. En remontant la rue de la Samaritaine, on voit un relief du Saint Patron qui indique l’emplacement de l’ancien hôpital St-Jacques, pour les pèlerins les moins fortunés. Ceux qui étaient plus aisés se rendaient à l’Auberge des Trois Rois, contiguë à l’hospice. On longe le couvent des Augustines et l’église, également des anciens refuges pour pèlerins, puis c’est la Reichengasse et la Hochzeitergasse (rue des Epoux) et enfin l’emblème de la ville, la cathédrale St-Nicolas. On trouve à l’entrée une statue de St-Jacques en manteau et tenant à la main une coquille et un tableau dans la nef. En sortant, on passe devant la plus ancienne église de la ville, remontant à 1200, la basilique Notre-Dame, puis quelques pas plus loin c’est l’église des Cordeliers. Comme dans la cathédrale, diverses illustrations de St-Jacques sont visibles. La ballade se poursuit par la Rue du Pont Muré, où la façade d’un immeuble était autrefois ornée d’une statue en bois d’un pèlerin  qui désignait en face un hospice où ils pouvaient loger. Par la rue de Lausanne on atteint finalement l’Hôtel de ville. La Porte du Jaquemart (Jacques au marteau) construite vers 1840 a malheureusement disparu une dizaine d’années plus tard. Comme la majorité des pèlerins d’autrefois, on emprunte finalement la rue de Romont, dont la porte du même nom n’existe plus.  

 

 


Fribourg - Payerne    

22 km 

 

Je rencontre Stefan, un Bernois parti trois jours plus tôt de chez lui et qui se rend à Compostelle. Il a pris un congé de trois mois et s’en va confiant. Il traîne pourtant la jambe, la faute à ses souliers de marche, reliquats de son service militaire et qui ont connu des jours meilleurs. La tendinite le guette et il prévoit ce samedi une courte étape pour se rétablir un peu. Nous nous séparons au lieu dit Belle-Croix, car il prend la route classique vers Romont alors que de mon côté je chemine vers la cité broyarde de Payerne. Je prends le temps de photographier cette croix de St-Jacques en pierre, car elle a eu un passé mouvementé. Elle a été érigée à cet endroit en 1773 en souvenir d’une chapelle de St-Jacques, contiguë à une petite léproserie, dans les années 1500. La croix fut endommagée, déplacée puis retrouvée et finalement remise à sa place initiale.

 

Le temps est bouché mais la température assez clémente et le vent nul. Je dois simplement prendre garde à ne pas glisser sur la glace qui recouvre une bonne partie des chemins passant à travers les forêts jusqu’à Noréaz. Je remarque dans ce village le chemin de St-Jacques et juste après la bifurcation une croix en bois, signe qu’une chapelle dédiée au Saint se trouvait à proximité. Elle a depuis longtemps disparu. Je continue en passant par le bourg de Montagny-les-Monts et ses ruines de château-fort du 13e s. puis continue ma descente en direction de la vallée de la Broye. Payerne possédait en 587 déjà une église en l’honneur de la Vierge Marie. La reine Berthe de Bourgogne fonda en 962 le couvent de Payerne qui fut l’un des premiers couvents affiliés à l’Abbaye de Cluny. J’arrive malheureusement trop tard pour pouvoir visiter l’abbatiale romane, qui est la plus importante du genre en Suisse avec celle de Romainmôtier. 

 

 


Fribourg - Romont      

26 km 

 

 

Un mois plus tard, je recommence une dernière fois le chemin depuis la célèbre ville jacquaire de Fribourg. Le temps est froid mais au beau fixe. Je repasse devant la «Belle Croix» décrite ci-dessus mais ne m’attarde pas, car c’est une longue étape qui est devant moi et je dois arriver à mon but avant l’heure de fermeture à l’abbaye de la Fille-Dieu. Le prochain lieu digne d’intérêt est le pont de Ste-Apolline et sa petite chapelle du même nom. Le pont remonte à 1243 et la chapelle a été mentionnée pour la première fois en 1147. Elle a été reconstruite en 1566. Je décide de faire le petit détour pour rejoindre l’abbaye cistercienne de Hauterive, après avoir traversé le grand terrain de l’institut agricole de Grangeneuve.

 

L’abbaye fut édifiée en l’an 1138 grâce à un don de Guillaume de Glâne. L’abbé Gérard accompagné de 12 moines sont venus s’y établir. Le donateur entra finalement au couvent et y mourut en 1143. Les bâtiments actuels datent du 18e siècle. Elle a été inoccupée durant une centaine d’années mais depuis la réintégration des Cisterciens, elle a retrouvé tous ses droits comme abbaye, dédiée comme toutes celles de cet ordre à la vierge Marie. Je n’ai toutefois pas le temps de visiter l’église, qui selon mon guide est caractéristique de cette période de transition entre l’art roman et gothique, vers 1150.

 

Le prochain village traversé est Posieux, et sa chapelle dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. Je longe ensuite l’aérodrome d’Ecuvillens puis atteins Posat, où en 1140 fut construit un couvent des Prémontrés. Il a été fermé en 1580. La chapelle originale a été détruite puis rebâtie et consacrée en l’an 1675. Je m’y attarde pour y faire ma pause repas et ne manque pas de me rendre ensuite vers la source à côté de la chapelle, connue pour ses vertus curatives. C’était devenu un lieu de pèlerinage très fréquenté. Après Posat, je traverse la Glâne et ses gorges et arrive à Autigny, qui abrite une superbe église. Je m’y recueille puis continue un peu plus loin jusqu’à Chavannes-sous-Orsonnens. Le chemin passe juste devant une chapelle qui abrite une belle fresque de St-Jacques le mineur. Dans ces deux églises, je trouve deux tampons, témoins qu’il s’agit bien d’un passage de pèlerins jacquaires. Je m’approche toujours plus de mon but final, Romont. Je vois enfin le bourg sur sa colline, image caractéristique, avec son château et ses murailles. Le temps est devenu très gris et froid mais c’est malgré tout une très belle image qui s’offre à moi.

 

L’accueil à la Fille-Dieu est chaleureux et le gîte confortable. Ce lieu de prière a été fondé en 1268 et j’ai la chance d’être le dernière pèlerin accueilli avant une longue période de travaux de restauration. Pour ce qui est de l’église, elle est tout simplement magnifique. Elle date de 1346 mais a été restaurée entre 1991 et 1996 et ses vitraux sont superbes.

 

 


Romont - Moudon       

16km 

 

Le temps n’est pas aussi mauvais que laissaient présager les prévisions météo. Je prends ainsi tout mon temps ce dimanche matin pour me rendre à laudes avant de me remettre en chemin pour Moudon. Après les adieux aux sympathiques soeurs, je contourne la colline de Romont et traverse ensuite la rue principale, déserte à cette heure matinale. Le bourg moyenâgeux a été fortifié et fondé en 1239 par Pierre II de Savoie. De nos jours le château savoyard abrite le Musée Suisse du vitrail. En effet, Romont est la capitale du verre et du vitrail en Suisse. Je visite la Collégiale consacrée à Notre-Dame de l’Assomption en 1296. Elle est une des plus belles églises gothiques de Suisse et on y trouve, outre des magnifiques vitraux, des très belles statues. On voit une représentation de St-Jacques sur une des stalles.

 

Juste devant l’église je rencontre Markus, un étudiant en bio-chimie de Bayreuth, qui traverse la Suisse jusqu’à Lausanne depuis Constance. Il ne va pas à Compostelle mais à Rome, en suivant la Via Jacobi, puis depuis Lausanne la Via Francigena. Il dort sous tente, malgré un temps hivernal et sa totale inexpérience dans la randonnée. Il a malgré tout parcouru le trajet en douze jours, alors que j’espère pouvoir le faire en septembre, mais en cinq jours de plus au minimum. Il marche du lever du jour jusqu’à la tombée de la nuit, mais ne se dit pas pressé car il se donne le temps jusqu’à la fin du mois prochain pour rallier la Ville éternelle. Cela fait du bien de partager ces petits instants avec un jeune enthousiaste, positif et simple. Le temps paraît ainsi beaucoup plus court et nous atteignons rapidement la vallée de la Broye, avec la bourgade de Curtilles et Lucens à nos pieds.

 

Nos chemins se séparent à cet endroit car Markus voulait profiter du temps à disposition pour visiter le célèbre musée dédié à Sherlock Holmes à Lucens. Pour ma part, je marche en longeant la Broye jusqu’à Moudon, où se trouve la très belle église St-Etienne, dite «la petite cathédrale», qui est le terme de mon voyage ce week-end de mars.

 


Moudon - Lausanne     

29 km 

 

Ce jour de la Saint-Jacques 2013 aura été marqué par un événement dramatique, l’accident ferroviaire à Compostelle qui a coûté la vie à près de quatre-vingts personnes. En me mettant en chemin ce matin, j’ai évidemment une pensée pour ces pauvres gens qui viennent de perdre un familier, un proche, un frère ou une épouse. Le train est pourtant le moyen de locomotion réputé le plus sûr mais lorsque la fatalité s’en mêle, on ne peut rien y faire, si ce n’est prier pour les victimes et leurs familles.

 

Je pars de l’église St-Etienne de Moudon et me dirige vers la ville haute, très bien conservée et mise en valeur. Moudon a deux visages bien distincts et je préfère de loin celui de la partie «haute» où l’on respire la paix et la sérénité. Le chemin nous ramène dans la plaine, où l’on suit d’abord un côté de la Broye, en passant derrière un camping, puis de l’autre côté en direction de petits villages. Je m’arrête pour la première fois dans celui de Vucherens, où sa chapelle met à disposition un timbre de St-Jacques. La chaleur dehors est étouffante et je me trouve rasséréné par la fraîcheur régnant dans l’église. Par chance la majeure partie du chemin traverse des forêts, notamment celle du Jorat où sévissaient autrefois les célèbres «brigands» qui détroussaient les pauvres voyageurs et autres pèlerins. De nos jours ces brigands sont bien plus pacifiques et leurs actions se terminent toujours autour d’un bon verre de vin.

 

Après Carrouge et son hameau «Ecorche-Boeuf», le chemin remonte en direction de Lausanne, par d’autres endroits aux noms savoureux, Ste-Catherine, Vers-chez-les-Blanc et Les Croisettes. La descente et la montée dans la gorge de la Bressonne est superbe, surtout lorsqu’on débouche directement vers la ravissante chapelle de La Cure, au village de Montpreveyres. Le nom signifie en vieux français «Mont des Prêtres». Elle avait été construite en 1438 par des moines dans les gorges puis rebâtie à cet endroit en 1758.

 

Je rencontre un jeune pèlerin autrichien, parti de Vienne pour une durée de six mois. Il porte le prénom du saint du jour, ce qui ne peut pas être un hasard. Comme je connais un peu la région, je lui sers de guide et nous profitons pleinement du temps magnifique pour jouir du paysage, lors de notre approche de Lausanne, depuis Epalinges jusqu’au parc du Signal qui domine la ville. On peut voir de là les flèches de la cathédrale Notre-Dame qui sera mon but final de cette étape, alors que Jacques et deux autres pèlerins allemands s’en vont vers leur gîte.

 

La ville existait bien entendu depuis les Romains mais c’est surtout la construction de la cathédrale au 12e s. qui a donné un essor important à son développement. Le pape Gregoire X avait consacré la cathédrale en présence du roi Rodolphe de Habsbourg. La ville domine le lac Léman. Le quartier de la cité autour de la cathédrale vaut la visite, avec le château St-Maire, siège du gouvernement cantonal. Lausanne abrite plusieurs musées, le plus proche de la cathédrale étant celui du Palais de Rumine, qui était autrefois une partie de l’université. Le coeur de la cité se trouve autour de la place St-François, avec ses commerces. L’église gothique St-François, dont le clocher date des années 1400, faisait partie autrefois d’un important couvent franciscain.

Je vais parcourir Fribourg et sa région au début de l’année 2013. La ville de Fribourg était une des étapes les plus importantes des pèlerins de St-Jacques, après Einsiedeln. De nombreux vestiges témoignent de cette dévotion au Saint.

Les Chemins de Fribourg 

de la cité des Zähringen jusqu’au lac Léman mars 2013